GUERLEDAN
Contexte / Avant course
Je débute ce récit de Guerledan par la fin de la préparation entamée après le Grand Raid du Ventoux by UTMB, couru fin avril. À ce moment précis, la confiance est au plus haut après cette belle course de prépa (867 UTMB / 868 ITRA). Sur 2h ça va très bien, je grimpe très fort, dans les descentes ça déroule bien, même dans les portions techniques du Ventoux.
Il me reste alors 4 semaines pour arriver au top à Guerledan. Je décide de couper 2 jours, puis de repartir pour 2,5 à 3 grosses semaines + 8 à 10 jours d'affûtage. En mettant un focus à l'entraînement sur la caisse / la résistance musculaire.
Sur ces semaines je place quelques belles sorties longues dont des recos avec les copains : Jonas (le "local legend"), Elouan (6ème du 26k), Guenaël (2nd du 67k), ou encore Flo (4ème du 26k). Mais également 3 / 4 séances spécifiques un poil plus intenses à des moments précis pour refaire monter la forme au bon moment.
Le 6 puis 10 mai je sais / je sens que je suis au top (tout est visible sur mon Strava, lien en bas de page et dans le récit), la forme est excellente, à j-12 je refais une grosse séance sur le tapis (une classique que je refais très souvent à j-10/12 pour savoir exactement à quel niveau je suis) : Chauf + 10 x 2' @ 20% (ici à 2000m/h) avec une récup courte = 1' puis du travail à SV1. Les chiffres sont excellents.. ⬇️ c'est mieux qu'en mars avant Tenerife. Tout est au vert.
La VFC remonte très bien dans les 10 derniers jours, je dors bien, le volume se réduit sereinement (objectif être frais au départ le 24 mai).
Pour autant je sens la pression monter au fil de la dernière semaine, elle est longue. Je suis pas mal contacté par les copains, la famille, les médias, l'orga... J'entends beaucoup de choses "c'est le favori", "il est athlète pro, il doit gagner"... (ce que d'ailleurs je ne suis pas, et loin de là... je bosse 7j / 7, pour faire tourner ma petite entreprise et réaliser les suivis de mes coureurs, des tests physio... c'est important pour moi de le préciser et clarifier tout ça).
Tout ça me pèse un peu et je ressens ce que Jonathan me raconte depuis des années : "Guerledan, c'est autre chose pour un Breton...". Pour autant je garde le cap, j'en parle avec Coco, mais aussi avec les copains et surtout j'essaie de faire abstraction, de me préparer mentalement à toute cette excitation / à ce stress du dimanche.
Finalement la fin de semaine arrive, je prépare mon matos et mes ravitos le samedi, les ravitailleurs sont au taquets (Etienne, Jeanne, Coco, Lulu, Pedro, Nico et Flo...). Plus qu'à courir !


La course - Guerledan 67k - 2400d
Réveil à 4h, petit déj puis départ à 5h15 direction Bon Repos. Coco, Jeanne, Lucas et Etienne me déposent à 6h30, ils vont directement filer au ravito 1 pour m'assister (ils ne veulent pas être bloqués au départ).
À Bon Repos il y a du monde, beaucoup de monde... c'est génial de voir autant de personnes pour un départ d'une manche OTT ! C'est définitivement une course spéciale, Guerledan possède une aura, un truc en plus... Pour autant je suis serein, content d'être enfin au départ, que cette longue semaine d'attente soit terminée..
Géraldine Maignan 📸
7h c'est parti, je me retrouve vite devant avec Guenaël, on est à 3'35/40" sur le halage. Je suis étonné que personne ne fasse le jump pour nous rejoindre, je me dis alors que ça reviendra dans la forêt de Quénécan.
On monte dans le bois, et de là c'est l'inconnu pendant 20k, je ne connais rien (si ce n'est une reco en 2020 avec Jonathan dont je n'ai aucun souvenir), je sais que c'est vallonné, usant mais je suis dans la découverte. Après 20 ou 30' Guenaël me prend quelques secondes, je suis à mon rythme, je ne cherche pas à suivre et je suis encore dans l'idée que derrière ça doit être à quelques secondes et que ça va rentrer.
Finalement on arrive à Gohfornic (ravito 1) km 12,5, je vois Coco qui fait des vidéos pour mon réel, puis je récupère 2 flasks avec Jeanne, (1 avec de la boisson d'effort + 1 eau & 2 gels). Je regarde ma montre et je vois 4'20" de moyenne... OH, on est 15/20" plus rapide que je ne pensais. Mes puls sont parfaites, les sensations sont bonnes... je garde le cap.
La suite est vallonnée, je vois le maillot rose et noir de Guenael en haut des taquets, dans certaines portions moins boisées, il y a entre 15 et 45" pendant toute cette portion "Quénécan". Je reste focus à bien boire, bien manger, je lisse mon effort. Pendant cette portion on ne voit pas grand monde, aucune route ou presque.. Le seul écart / les seules infos que j'ai viennent de Guillaume Siohan vidéaste et photographe du Team Trail Finistère il suit ses copains et me dit qu'au R1 il y avait 2 ou 3' sur les gars derrière.
J'arrive alors au ravito de Porh Antoine, km 24, en 1h55, Flo est là avec Pedro et Nico, je récupère les mêmes choses qu'au R1 et repars direction le lac (il reste 4km pour rejoindre le bord du lac). J'ai encore de l'avance sur mes prédictions, l'écart avec Guena est stable et j'apprends quelques kilomètres après qu'on a creusé sur le 3ème qui s'avère être le très sympa et costaud Clément Michel (il est à presque 6' au km 24). Les écarts me semblent monstrueux, je ne m'attendais pas à ça, mais pour autant je ne m'inquiète pas, tout roule parfaitement.
Ma seule crainte à ce moment précis vient de la météo, on nous annonce très chaud, le parcours est d'ailleurs réduit à 66/67k pour cette raison et je trouve qu'il fait déjà lourd dans les bois à 9h... Comment je vais supporter le cagnard sur la fin de course quand il fera + de 30 ° ?
On arrive finalement au bord du lac autour du km 28, sans le vouloir je suis rentré à quelques secondes de la tête de course dans la longue remontée de la butte de Malvran, dans ces premiers kilomètres le long du lac je me rapproche, puis rentre sur Guenaël, je lui demande si tout roule, s'il est au courant des écarts avec l'arrière, il semble lui aussi surpris. Dans la longue remontée raide après l'anse de Sordan je monte bien et reprends quelques secondes (à l'analyse je me rends compte être monté entre 30" et 1'30" plus fort que le top 10).
Lien strava : https://www.strava.com/segments/4430571?filter=overall
Sur cette portion autour du km30/35, je reste à ma main, le barrage arrive vite, puis le ravito 3 au km 38 sur lequel je retrouve le groupe Jeanne, Etienne, Coco et Lucas qui m'annoncent 1' d'avance, ça fait du bien de revoir du monde et surtout de boire, j'étais à sec depuis le barrage (donc 2/3k). Il fait chaud, la partie qui suit va être plus roulante mais exposée au soleil !
Changement de casquette, 1L sur moi et feu direction Beau-Rivage. Je suis encore frais, mais je transpire énormément.
Je profite des portions roulantes pour boire, manger. Gildas est avec moi pour filmer sur le live et on discute un petit peu, j'apprends que Jonathan vient de bâcher sur le 35 (pas dans un bon jour), on discute de la suite du parcours... cette portion passe vite, les kilomètres défilent. (et ça se confirme à l'analyse ⬇️ mon activité : https://www.strava.com/activities/18635274072/overview )
Beau Rivage arrive très vite (km 45), je vois les parents qui m'annoncent 2' puis je me ravitaille. Elouan et Jonas sont en vélo à la sortie du ravito, ils m'encouragent, me motivent mais tout roule : j'arrive encore à bien manger, entre chaque ravito je bois sans soucis mes flasks et sur cette portion exposée je ne souffre pas de la chaleur.
Je sais que la course commence ici, les différences vont se faire sur les 2 dernières heures... Il va falloir enchainer les bosses autour de Trégnanton, puis la longue montée avant la carrière avant de traverser l'écluse vers le km 54.
Sur cette portion je suis à mon train, ça avance encore correctement malgré le dénivelé, je suis capable de bien relancer après les taquets, ça grimpe encore bien, je peux descendre sans retenue...




Je retrouve l'écluse après 4h15 de course, les gars sont là pour me ravitailler, mais n'ont aucun nouvel écart depuis Beau-Rivage, je trouve étonnant et sur le coup je me dis que Flo veut me protéger. Dans mon esprit c'est encore serré à ce moment précis. Je profite de la relance roulante après l'écluse pour faire le point, je me parle à moi-même (le caméraman qui me suit à ce moment doit me prendre pour un fou). Je décide que c'est le moment, il faut faire l'effort dans cette portion Bois de Fao / montée infernale. Je monte fort le Bois de Fao (le segment confirme, je reprends 1' sur Guena et Clément). Je fais une descente propre jusqu'à la montée infernale, et au pied Elouan m'annonce 8' d'écart à l'écluse. Je me dis de suite qu'avec la portion appuyée que je viens de faire depuis l'écluse l'écart à encore du grandir. Ça commence à sentir bon. Je prends moins de risques dans la montée infernale, je fais une belle relance en haut, puis pendant 40' je ne vois presque personne jusqu'à la gare aux korrigans km60. Sans m'en rendre compte je m'endors un poil sur cette portion, je ne suis plus à l'attaque mais clairement sur la défensive. Je fais gaffe aux chevilles, je tamponne chaque petite remontée.. (si on regarde on se rend compte que je suis +/- 10 puls en-dessous le reste de la course sur toute cette portion).
Physiquement je suis encore bien en arrivant à la Gare aux Korrigans où est le dernier ravito (km 60), mais mentalement je suis moins dedans, je pense déjà à l'arrivée, à ne pas me blesser sur la fin. D'autant que les gars m'annoncent qu'en haut de la montée infernale il y avait 12'. Il reste 5 ou 6 kilomètres, la montée passe vite, par contre la crête de Liscuis me semble interminable, j'ai hâte de tourner à droite et redescendre à l'arrivée. Si on regarde les VAPs / mes puls, c'est dans la continuité, j'en mets moins dans cette dernière heure, je suis moins engagé, ma tête est à Bon Repos.
Je rejoins finalement Bon Repos après 67km et 5h33, du monde partout, la voie mythique de Jean-Claude Nivet, speaker historique résonne depuis plusieurs minutes et devient de plus en plus proche. Je récupère finalement le drapeau Breton qu'on me tend puis profite de ces derniers mètres.. comme au Glazig j'explose de joie, je ne peux rien contrôler.. Un rêve de gosse vient d'être coché !
Depuis l'adolescence je rêve d'accrocher Guerledan, en 2020 Jonathan m'a donné le courage de croire en moi, en mes rêves. Ce dimanche 24 mai vient récompenser des heures et des heures à m'entrainer pour cette course, des années dédiées au trail, une vie articulée autour de cette pratique. Elle récompense également des réussites, mais aussi beaucoup d'échecs, des remises en questions. Elle est le reflet de mon travail / mon implication mais aussi celui d'autres personnes : Jonathan pendant des années, ma famille qui me soutient (et notamment ma coco au quotidien, sans jamais me reprocher ma vie à 100 à l'heure), les copains qui croient en moi et qui pour la plus part étaient présents dimanche à me suivre, me ravitailler (sur les points autorisés, je précise...), les sponsors qui me permettent de vivre plus sereinement ma pratique.
MERCI À VOUS 😘
Merci à vous d'avoir lu tout ça, vos avis sont évidemment les bienvenus 📲
À bientôt pour de nouvelles aventures,
Yves 😉

GRAND RAID DU VENTOUX by UTMB
Contexte / Avant course
Fin avril, et pourtant "seulement" le 2nd dossard trail de la saison... Fin mars le Tenerife Blue Trail by UTMB était annulé à 3/4 jours du départ. Une prépa 70km dans les jambes, mais pas de dossard pour la concrétiser.
Pourtant la forme était plus qu'excellente, les quelques séances tests avant la course prévue à Tenerife permettaient d'espérer une très belle course (voir sur Strava les séances du 7 / 10 / 13 et 18 Mars). Le pic de forme avait été prévu au bon moment, tout était au vert.
Quand la course est annulée je prends quelques heures pour me poser, digérer la nouvelle puis réfléchir. La solution la plus évidente était de profiter du pic de forme et faire une course début Avril... cependant rien ne me donne très envie en rentrant et surtout ça veut dire perdre du temps dans la prépa Guerledan (et la commencer autour du 10 Avril = trop tard selon moi).
2nd option, couper quelques jours puis repartir dans la prépa Guerledan en remettant un dossard vers fin Avril.. L'option la plus motivante est alors le Grand Raid du Ventoux by UTMB fin Avril, 26k / 1100d+/d- avec une grosse densité, un parcours joueur, et +/- 2h de course (idéal pour se tester mais sans créer une fatigue trop importante). Le dossard est acheté, il n'y a plus qu'à diviser les 9 semaines restantes : 5 semaines post coupure pour refaire des bonnes bases (muscu, du foncier cool, quelques intensités courtes à plat et en pente), faire la course au Ventoux fin Avril. Et de là il restera encore 4 semaines pour finaliser plus spécifiquement la prépa Guerledan.


La course - GRV by UTMB 26k
Fin avril, direction le Vaucluse et Malaucène pour prendre le départ de cette belle manche UTMB. Un plateau relevé est annoncé avec notamment la présence de quelques spécialistes des courtes distances (Fred Tranchand, Adrien Briffod, Theo Bourgeois, Killian Allaire ou encore Paul Burette.. tous avec des cotations plus élevées que la mienne). La forme est bonne sans être exceptionnelle, quelques belles séances dans les jambes mais il reste de la marge pour être encore mieux fin mai. Je me base sur un chrono autour de 1h51 = 4'15" de moyenne ce qui donne +/- 840 ITRA (si on se base sur la logique de 2025). Voir tableau ci-dessous ⬇️
Départ 8h30 du village, c'est roulant pendant 2kms, puis on part pour une longue montée de 700d+. Ça part fort, mais sans que cela me semble déraisonnable (et pourtant quand je regarde ma montre on oscille entre 1600 et 2000m/h). On se retrouve vite à 5, puis 3. Fred et Adrien basculent avec 30" d'avance +/-, on chasse avec Théo et Killian. La descente est joueuse, parfois technique, parfois plus roulante, quelques remontées.. Au km 15, on traverse la route du Ventoux, je regarde ma montre, on est à 4'15" de moyenne et il reste 11kms avec 400d+ et 500d-, on est sur une grosse moyenne..
photo by "Lestraileurs ©" 🙏⬇️


La fin de course est plus roulante, on arrive à se détacher avec Killian, nous sommes alors 3 et 4, s'en suit un beau mano à mano de 30 ou 40' pour le poduim.. je le décroche de quelques secondes dans la dernière "longue montée" à 6 ou 7kms de l'arrivée mais il me reprend dans la partie roulante en haut, puis me décroche de quelques secondes dans une dernière petite descente technique.. on gardera cet écart sur la fin malgré mon forcing pour rentrer sur les 2 derniers kilomètres (3'08" et 3'13"..). Merci pour le "fight", c'était génial de se pousser l'un & l'autre comme ça !
En arrivant sur la ligne, 4ème, je me rends compte que la seconde place est à moins de 30", et la gagne à 2'. Aucun regret, c'est très très solide devant ( et derrière) !
Au final ça donne 4'03" de moyenne... 3'23" de VAP. Des chiffres que je tenais sur 1h / 1h15 en 2025 et avant... L'objectif est plus que rempli, le plein de confiance est fait, la prépa Guerledan peut continuer !
Yves 😉


GLAZIG
Lancement de la saison 2026 à 3 kilomètres de la maison. Dimanche 8 février, direction Plourhan pour prendre le départ à 7h de la première manche OTT 2026, le trail Glazig ! Course de coeur, que je cours quasi tous les ans depuis 2016.
Avant d'évoquer la course, parlons de cet hiver 25/26.
Bilan de l'hiver / l'avant course
L’hiver s’est très bien passé. Depuis début novembre, j’ai accumulé 230 heures d’entraînement et 78 000 m de dénivelé, en trail, sur le home-trainer et sur le tapis de course. J’ai construit cet hiver 25/26 avec l’idée d’accumuler beaucoup de volume à faible intensité et de passer un cap musculairement.
Contrairement aux autres hivers, j’ai moins travaillé ma vitesse et ma VO2max. Le but est clair en 2026 : être performant sur des courses de 50 à 100 kilomètres avec de gros dénivelés (Tenerife, Guerlédan, Bourbon). Il faut donc être endurant. J’entretiens la vitesse sans chercher à la développer.
Pour autant, un test de VO2max début décembre, puis le cross départemental mi-janvier, me confirment que j’ai réussi à entretenir, voire développer ces qualités physiques sans en faire une priorité. Les données sont bonnes, je me sens très bien au fil de l’hiver et j’arrive début février en forme, avec 2 à 3 kg de plus que mon poids de forme, et quasiment aucune séance spécifique trail long. Mais je suis en forme — du moins, le physiologique répond !
La question est maintenant de savoir où j’en suis sur 4 heures de course face à une belle densité bretonne (Mathieu Hubert, Clément Michel, Alan Le Palabe…), voire nationale avec quelques costauds au-dessus de 800 ITRA (Maël Bures, Adrien Le Graët…).
PS : j'avais écrit ces premières lignes le vendredi avant la course pour que le résultat final n’altère pas mon ressenti sur ma prépa hivernale et les forces en présence.

Plourhan km0 - Tournemine km20
Départ de Plourhan à 7h pour 54k et 1400d+/d-. Manches longues, les gants (5 à 7° toute la matinée + j'étais un peu malade les derniers jours avant la course = aucun risque de prendre froid) + une ceinture avec 2 flasks et 4 gels de 45g de glucides chacun. (De quoi théoriquement tenir 2h = large jusqu'à Tournemine et le premier ravito km20).
On part direction la plage du Moulin sur un début de course très roulant mais très gras. J'avais prévu de partir fort pour être devant dans les premiers chemins boueux, faire ma trace sans être embêté. Puis reprendre un train plus soutenable en arrivant sur le GR. Plage du moulin km6 je regarde ma montre 3'39" de moyenne. Je suis parti plus que fort... et pourtant des frontales sont là derrières. Je ralentis, mais dur de faire redescendre le coeur sur le GR34, on monte, descend, remonte...
Sur la grande plage des godelins je me retourne et je vois 2/3 frontales à 20/30", puis derrière c'est serré. Je me dis que finalement tout le monde prend des risques et veut jouer... Je profite de cette longue plage pour manger mon premier gel, boire un bon coup et refaire un point. Vu l'intensité du début de course je décide de mettre le frein à main. Juste avant Binic je vois que les frontales sont juste derrière mais qu'une se détache. Pareil sur le port de Binic. Je reconnais Mathieu au loin puis sur la portion Binic à Tournemine (km 12 à 20) qui est très vallonnée je vois que sa frontale rentre sur les portions très roulantes mais semble perdre du temps dans le technique, dans les grosses montées.. Avec la nuit c'est très facile de jauger les écarts, surtout sur les falaises, on peut voir au loin avec les différents reliefs.
Sur les hauteurs de Tournemine Mathieu rentre. J'ai entre temps terminé ma première flask, mangé un 2nd gel. On arrive au 1er ravito en 1h23'30", j'avais estimé 1h25 (voir tableau ci-dessous), on est en avance. Mais rien d'illogique vu l'intensité des 6 premiers kilomètres. Il ne fait pas chaud à 8h30, je décide de garder les gants et mon buff, je récupère 1 flask + 2 gels que me donnent mes parents.

Tournemine km20 - Pordic km36
Après le ravito il faut faire un long bout de plage jusqu'aux rosaires pour repartir dans les terres. Je refais un petit point en prenant un 3ème gel : "je ne vais pas tenir cette intensité 4h, il faut temporiser". À ce moment de la course, je me sens très moyen, je trouve qu'on a déjà bien pioché dans les réserves, je connais les portions qu'ils restent, je me dis que ça va être long. Je pars donc du principe que des écarts vont se faire.
Pourtant pendant 10kms je reste +/- proche de Mathieu, et personne ne rentre derrière, je continue à boire, m'alimenter, les allures sont très correctes et c'est statu quo. Je rentre dans des montées et descentes techniques, quand c'est plat ou roulant il a beaucoup de force, il appuye fort et me reprend quelques secondes.
On arrive km 30 dans la vallée de tournemine par le pont de percée, il faut à partir de là imaginer un cross de 5/6 kilomètres, il y'a de la boue partout, c'est vallonné et usant. Cette portion va nous mener à Pordic. Je croise Coco et Lulu en haut qui sont à prendre des photos et vidéos, ils m'encouragent à m'accrocher, alors que moi je suis encore à manger un gel (le 4ème) = au bout de 2h je suis à 90g/h. J'ai vidé 2 flasks et il m'en reste une entière dans ma ceinture. Largement suffisant pour aller à Pordic.
Dès l'entrée dans la vallée je rentre sur Mathieu, il semble moins à l'aise dans la boue, je creuse rapidement l'écart et me retrouve devant. Dans cette vallée, on longe un petit ruisseau d'un côté puis de l'autre. Je peux alors estimer les écarts avec le 3 et 4, Clement et Alan. J'estime 2/3' vers le km 33/34. En haut d'une bosse je me retourne, Mathieu est lui en bas, les écarts se creusent. Je n'accélère pas, mes puls restent bonnes, je cherche juste à passer du mieux possible ce chantier de boue.. On ressort de la vallée par une côte toute droite de 30/40m de dénivelé, arrivé en haut je regarde en bas, je ne vois personne (si ce n'est Fab qui avec son VTT musculaire ouvre la route du Glazig).
Je rejoins Pordic, où je retrouve de nombreux visages familiers. Je récupère une flask et encore 2 gels. 2h32 de course, j'avais estimé 2h33. On est dans les temps, je me sens bien, avoir temporisé me donne plus de sécurité pour finir correctement, et j'arrive devant en ayant creusé sans le vouloir. Les planètes s'alignent ?
Je sais aussi qu'il reste 1h20/30 de course.. le glazig en plein hiver peut être intraitable, les gars derrière sont à 2/3', il ne faut rien lâcher.

La course : Pordic km36 à Plourhan km54
Après pordic on récupère une portion plus facile de 3/4 kilomètres qui nous ramène vers le GR avant Binic. Je déroule bien, pas d'alerte musculaire, je ne suis pas frais, mais je me dis que ça va tenir si je n'ai pas à changer de rythme. Je récupère le GR puis file à Binic. Sur le port je croise un copain, Baptiste qui m'annonce 3'30" d'avance au dernier pointage (km 39). Je creuse. Au ravito km42 mes parents m'annoncent plus de 4'. Comme prévu la dernière heure va être rude. Je récupère une flask et 2 gels, ça suffira pour terminer les 12 derniers kilomètres. La dernière portion de GR se passe bien, je double Guillaume de S5 Concept au km 43/44 qui est lui sur le 28k, il m'accompagne 1' ou 2', mentalement c'est agréable de déconnecter, parler. Je suis malgré tout plus prudent sur les portions sinueuses pour éviter de cramper, et surtout c'est parfois impossible de doubler les nombreux coureurs/coureuses du 28km. Sur cette dernière heure je me fais malgré tout mal pour creuser et ne pas me faire rattraper. Mais sans me mettre à 100%, je garde une petite marge, j'ai trop peur de cramper ou de faire une belle hypo, je prends d'ailleurs encore deux gels en 20' pour assurer le coup. Je croise encore Coco et Lulu, cette fois aux Godelins km45, ils n'ont pas plus d'infos sur les écarts. Puis aux moulins km48 je revois Baptiste et mon second frère Nicolas, pas plus d'infos que les 4' de Binic. Il faut finir fort jusqu'à Plourhan, je ne veux pas que ça rentre. Je rêve d'accrocher ce Glazig depuis des années..
Sur ces 6 derniers kilomètres on double les coureurs du 12 et 28kms, c'est cool de se faire encourager, de voir du monde mais parfois frustrant de slalomer, ralentir, accélérer pour passer à droite / gauche.. et surtout c'est usant physiquement, je sens malgré tout que je termine fort, je regarde ma montre et fais mes calculs "je suis à 3'45" sur cette portion plate, si on veut me reprendre du temps il faut courir à 3'30", impossible à ce moment là". Ça commence à sentir bon, je ne vois personne au loin (mais dur de distinguer les dossards noirs entre les différentes courses).
J'arrive finalement aux abords du stade de Plourhan, les copains, la famille beaucoup sont là. Je profite... je ne suis pourtant pas le plus démonstratif, parfois trop discret selon certains, mais là je ne contrôle plus grand chose, je crie, je lève les bras. Quel pied !
J'apprends sur la ligne que Jonas gagne le 28k, je suis fier, il mérite tellement... puis 9' plus tard alors qu'on attend Alan et Clément pour les places sur le podium, c'est Maël qui arrive ! Je me dis que les planètes s'alignent vraiment là... je suis encore plus fier. Le bougre fait une "remontada" incroyable en respectant son plan de course à la perfection, il termine en boulet de canon et vient faire 2ème juste devant Clément puis Alan qui arrivent sur la ligne l'un comme l'autre heureux de leurs performances. Mathieu suivra un poil après en terminant 5ème. Merci les gars pour ce match !
(À l'analyse on se rendra compte que Maël fait quasi la même fin de course que moi, 52/53' pour faire Binic-Plourhan, là ou Alan et Clément mettent 58/59'. Les écarts se sont bien creusés dans la dernière heure, comme quasi tous les ans au Glazig.)
Je ne vais pas vanter les mérites du Trail Glazig, je ne suis clairement pas objectif, mais juste dire merci à l'organisation, aux bénévoles.. tout était parfait, comme tous les ans !
C'était mon premier récit de course, je ne suis pas écrivain, j'essaie juste de partager quelques aventures. Si ça vous plait, mettez moi un petit message sur Insta ou Fb, n'hésitez pas à me dire si vous voulez plus ou moins de chiffres, que ça soit plus détaillé ou moins... bref n'hésitez pas.
Yves 😉
